LE BAOBAB SACRE DE NIANING - Cimetière des griots devenu source de vie


Arbre sacré dans la plupart des cultures africaines, le baobab est connu pour être mythique. A Nianing, dans la grande forêt des baobabs, se dresse, majestueux, un gigantesque baobab. Jadis cimetière des griots, aujourd'hui, il est vénéré comme un objet sacré. Réputé pour ses miracles, l'arbre-bouteille, banni depuis des siècles par les villageois, passe aujourd'hui pour être le lieu de prédilection des âmes perdues et des touristes en quêtes de sensations fortes.

L'air est pur. L'atmosphère agréable. Paradisiaque. Il fait rêver. La grande forêt des baobabs de Nianing, village situé au sud de Dakar à 8 km de Mbour, montre tout son charme. Au milieu de cette jungle d'où s'échappe un vent frais aux douces caresses, quelques villageois en quête de fraîcheur, se prélassent sous les arbres. Bercés par le gazouillement des oiseaux et les battements des branches d'arbres, le sommeil léger, sursautant au moindre petit bruit, ils se permettent, le temps d'une évasion, un petit rot. Loin de la chaleur suffocante des concessions, les veinards profitent des délices de cette niche où se dresse, majestueusement, un être énorme aux rondeurs débordantes : le baobab sacré de Nianing, cimetière des griots sérères. Avec ses 32 mètres de diamètre, ce patriarche de dix-huit siècles, datant du carbone quatorze, fait partie des plus anciens du Sénégal. L'arbre au tronc ventru et au bois mou gorgé d'eau en période hivernale, s'embellit de son feuillage, qui déjà, forme une casquette verdâtre à sa crête. L'écorce fibreuse, grise et lisse, renvoie à la peau de l'éléphant. Son âge avancé lui a donné des rides matérialisées par plusieurs trous, passage des chauves-souris et des grimpeurs. Ses racines allongées permettent aux vendeuses d'objets d'art d'exposer leurs produits aux touristes en visite sur le site. A l'intérieur du baobab sacré, la vue est fascinante. Comme si un sculpteur avait posé ses mains expertes sur le corps de l'arbre dont l'écorce est parsemée de formes indescriptibles ! Dans ce trou, à la fraîcheur, climatique, hiberne un groupe de chauve-souris. Griffes enfoncées à la cime, leur amour de l'humidité et du noir les attire dans les entrailles du baobab. Formant une masse noire, seul leur grincement montre leur présence sur les lieux. Aussi calme que le cimetière qu'il fut, le baobab sacré de Nianing a également ses secrets, ses miracles et ses génies. Difficile de l'oublier après l'avoir croisé. Depuis un quart de siècle, ce patrimoine national, jadis inconnu, attire aujourd'hui de plus en plus de visiteurs à travers le monde, grâce à son conservateur, Bou Diop.

Un baobab, une histoire

Depuis plus de vingt ans, Bou Diop est le conservateur du baobab sacré de Nianing. Du haut de ses 54 ans, à l'image de feu Joseph de Ndiaye de Gorée, il narre aisément l'histoire de cet arbre d'un autre âge. Patient, il est allé à la rencontre des vieux sérères qui, autour d'un bon vin frais, de la pipe ou des noix de colas, lui ont narré l'histoire de cet arbre mythique. Ce qui lui permet de dresser une riche généalogie qu'il raconte aux touristes visiteurs de l'arbre renversé baptisé baobab sacré de Nianing. Pourquoi le qualificatif de sacré ? Bou Diop revisite l'histoire. Le visiteur est bercé par la voix de Bou et replongé doucement dans le lointain passé. « Avant l'arrivée des missionnaires, les griots étaient la mémoire des siècles. On les appelait des bibliothèques ambulantes et des sacs à parole. En même temps, ils étaient des instrumentistes. Mais un griot sérère, à sa mort, ne devait pas être enterré. Ceci, parce qu'ils étaient considérés comme porteurs de malheurs qui pouvaient rendre la terre infertile. » De ce fait, le baobab servait de cercueil pour les griots. « Même à l'intérieur du baobab, ils n'étaient pas enterrés. On les mettait en surface. Entourés d'un linceul blanc, ils étaient superposés les uns sur les autres. » Les femmes étaient, selon Bou, déposées à l'entrée, les hommes au fond. Et les enfants, de l'autre côté, étaient séparés des autres par un membre de l'arbre, comme le mur de Berlin. Comme ils ne se séparaient jamais de leurs instruments, les griots demandaient à être enterrés avec. Les instruments étaient ainsi fixés à un gros clou fixé à l'arbre.

Cette pratique qui a duré des siècles et des siècles, sera bannie grâce au premier président de la République, Léopold Sédar Senghor. « Avec son éducation européenne, ne pouvait cautionner pareille injustice. De ce fait, il parlera à ses parents sérères et leur demandera de ne plus réserver ce sort, si malheureux, aux griots. Ses arguments étaient centrés sur trois axes majeurs : les cadavres, en se décomposant, attiraient les bêtes qui venaient les manger. Et avec le vent, ça pouvait entraîner des épidémies dans le village. » Résolument conservateurs, les villageois engageront le bras de fer durant trois ans avant de lâcher du lest. « Cette pratique disparaîtra après l'indépendance, entre 1962 et 1963. »

Au fil des années, l'endroit qui était maudit pas les villageois, reçoit des hôtes venant des quatre coins du monde. Devenu sacré parce qu'ayant servi de cercueil aux griots durant des siècles, le baobab de Nianing attire aujourd'hui de plus en plus de monde. Avec les miracles qu'on lui attribue, l'affluence est grande autour de lui, surtout en saison touristique. « Comme au Sénégal les gens croient aux fétiches et gris-gris, ils viennent faire leurs sacrifices et aumônes. Ainsi, pour entrer dans le baobab, on met en avant le pied gauche et la main gauche, on le touche du front avant d'entrer. Après, on formule ses vœux. Les hommes entrent par groupes de quatre et les femmes par trois. Trois et quatre ça fait sept. Sept comme les sept jours de la semaine, les sept vies et les sept merveilles du mois. Le miracle de ce baobab porte l'empreinte d'un vieux griot dont l'image est visible sur le baobab. Ayant vécu seul durant toute sa vie, le vieux qui était borgne et sans enfant, avait dit : « Je vais mourir dans la solitude, mais tant que le baobab vivra, mon empreinte restera ». Ce vieux est mort depuis deux siècles, il n'a ni enfant ni héritier, mais il ne sera jamais oublié. Cette histoire est réelle. La preuve, on ne peut pas sculpter le bois de cet arbre, donc on ne peut pas dire que c'est l'œuvre d'un artiste. »

Remède pour femmes stériles

Si certains visitent ce baobab sacré par pure curiosité, d'autres y viennent pour se soigner. L'arbre a, en effet, la réputation de favoriser les naissances. De susciter l'être du néant. De redonner le sourire aux femmes stériles. « Une femme qui ne peut pas avoir d'enfants, peut venir faire des bains rituels pour pouvoir enfanter. Pour ce faire, elle devra quitter au crépuscule sa maison, en cachette, sans que personne ne sache où elle va. Dans une calebasse remplie d'eau de pluie, elle met des plantes médicinales et deux noix de colas avant de prendre son bain dans le baobab», indique Bou. Il faudra aussi qu'elle reparte comme elle est venue. Sans crier gare. C'est-à-dire sans qu'on ne la voie. Cette nuit là, elle devra dormir avec les noix de cola placées sous l'oreiller. Le matin, de très bonne heure, au premier appel du muezzin, elle devra se mettre devant sa porte, toujours avec discrétion. Si elle veut un garçon, les deux colas seront donnés au premier homme qu'elle verra et à la première femme si elle veut une fille. Mais tout ça, il faut y croire pour que ça se réalise. « Des femmes ont enfanté après avoir visité le baobab. Il faut savoir que l'Afrique a ses mystères que l'Occident ne comprend pas. On ne peut pas dire que ça marche à tous les coups, mais ça marche quand même », Bou dixit.

Le conservateur raconte qu'un jour, une femme stérile est venue visiter le baobab. Elle ne pouvait pas avoir d'enfants. « Je lui ai suggéré de faire ses vœux. Elle m'a répondu qu'elle regroupera ses trois vœux en un seul : elle ne veut qu'enfanter. Six mois après, elle m'appelle pour me dire qu'elle est enceinte. Peut être que c'est une coïncidence ou un effet psychologique, mais ça s'est passé ainsi. » En plus des femmes sans enfants, des gens viennent autour du baobab pour rechercher le bonheur. « Ils tuent des coqs noirs ou rouges suivant les instructions. Indépendamment de ces miracles, le baobab soigne beaucoup de maladies. Les feuilles, le pain de singe, les racines, l'écorce... ont des vertus thérapeutiques. Il est comme le cochon, on l'utilise en tout ».

La majorité des visiteurs sont des touristes, mais des Sénégalais aussi s'y rendent. Même les bergers trouvent le bonheur auprès du baobab. « En pleine brousse, pour se désaltérer, ils sucent les racines du baobab engorgées d'eau », d'après le guide, sûr de sa science. Revisiter l'histoire de ce baobab est un plaisir pour lui. Son cours terminé, il pose son pied gauche, suivi du droit, comme un petit garçon dans un manège, fait un grand saut et sort du trou béant de l'arbre. Il jette ensuite un regard circulaire à la grande forêt, avec un sentiment de mission accomplie d'avoir fait connaître le baobab à d'autres personnes.

IMAGES : Le baobab sacré de Nianing

 

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