Sur les terres du "Nankoraaye" - A la rencontre des prêtresses du Fogny


Les rites et croyances traditionnelles sont très vivaces dans la société diola. Des personnes et pas des moindres revendiquent leur ancrage dans la religion traditionnelle. Des rites initiatiques périodiques sont célébrés annuellement par les hommes et les femmes. Des rites, comme le « Nankoraaye », rappellent bien le mur des lamentations. Les prêtresses du Fogny ont gagné aujourd’hui en notoriété pour leurs actions menées pour le bien de la communauté.

Les communautés du sud du pays possèdent à travers les prêtresses des régulatrices sociales qui veillent à la sécurité et au bien être des populations. Dans le département de Bignona plus précisément dans le Fogny, les prêtresses de Djilonding ont gagné la confiance des populations grâce aux rites et prières communément appelés « Nankoraaye » qui ont permis de mettre fin à plusieurs calamités naturelles et à certaines œuvres maléfiques des hommes. A partir de la commune de Bignona on peut joindre le village de Djilonding situé à environ une trentaine de kilomètres. Après sept kilomètres sur l'axe routier Bignona-Diouloulou, c'est une route à partir du village de Tendième qui mène à Eguilaye, Soutou, Niassarang, Diakine, puis Djilonding.

Dans cette zone bien arrosée, la nature par endroits dicte sa loi et impose aux automobilistes un parcours du combattant qui est évité par les transports en commun.
Les rites et croyances traditionnelles sont très vivaces dans la société diola. Des personnes et pas des moindres revendiquent leur ancrage dans la religion traditionnelle. Des rites initiatiques périodiques sont célébrés annuellement par les hommes et les femmes. Des rites, comme le « Nankoraaye », rappellent bien le mur des lamentations. Les prêtresses du Fogny ont gagné aujourd'hui en notoriété pour leurs actions menées pour le bien de la communauté.
A partir de la ville de Bignona, il est difficile voire impossible de trouver un véhicule de transport en commun qui accepte d'aller à Djilonding en raison de l'état défectueux de la route. Aux alentours du village tous les espaces ont été labourés, ce qui permet d'avoir une vue panoramique de la localité dont les prêtresses détiennent un respect unanime dans toute la contrée du Fogny. Le village de Djilonding est presque vide de ses habitants qui passent une bonne partie sinon toute la journée dans les champs. D'ailleurs c'est dans les champs que nous avons retrouvé la quasi-totalité des femmes en train de désherber un champ de mil.

UN RITE ANTIDOTE

Il a été aisé d'interrompre le travail des femmes pour qu'elles nous entretiennent sur les contours de la pratique « Nankoraaye » dont la grande prêtresse est originaire de Djilonding. Comme le droit d'aînesse est une loi qui garde encore toute sa vigueur dans la société diola, c'est la plus vieille des femmes qui a répondu à nos questions en l'absence de la grande prêtresse « Nangoune ». La pratique « Nankoraaye » est un rite antidote qui permet à la communauté de bénéficier des grâces et de la miséricorde de Dieu. Quand il y a un mauvais pressentiment dans le village, les femmes sous la direction des prêtresses prennent leurs petites calebasses pour faire des invocations afin d'exorciser le mal. A en croire les femmes du village de Djilonding, la pratique n'est plus courante. « C'est dans les cas de survenue d'une maladie qui évolue en épidémie », note-t-on, que les calebasses sont sorties par toutes les femmes pour demander l'aide de Dieu. Il en est de même, raconte-t-on, dans la préparation d'un grand évènement qui va regrouper des milliers de personnes.

La pratique du « Nankoraaye » nécessite le déplacement de toutes les femmes vers la grande place des abattoirs de la ville de Bignona qui abrite la grande termitière sacrée des prêtresses dont la patronne est « Nangoune ». Lors de la célébration des prières sur la place des abattoirs de Bignona, il est formellement interdit pour les femmes absentes à la cérémonie dans toute l'étendue du Fogny, de s'adonner à des travaux champêtres et commerciales jusqu'au retour de leurs sœurs qui ont pris part à la cérémonie. Les contrevenantes à un tel interdit sont victimes de malédictions allant jusqu'à la perte de la vie.
C'est pourquoi dans les zones où vivent les prêtresses, les femmes sont très attentives aux recommandations et autres exhortations de ces dernières.

« BAWOUNANE »

A plusieurs reprises les prêtresses à travers la pratique du « Nankoraaye » se sont illustrées dans le département de Bignona signale la doyenne des femmes rencontrées à Djilonding. « Quand il y a eu recrudescence des affrontements dans la crise en Casamance, nous nous sommes retrouvées sur la grande place des abattoirs pour prier afin que le sang cesse de couler », note-t-elle. Cette pratique du « Nankoraaye » a été suivie par une longue période d'accalmie qui a duré plusieurs années. La même stratégie est adoptée lors des années de sécheresse ou quand il y a retard dans le démarrage des pluies ou encore lors d'un long espacement des précipitations. Communément appelé « Bawounane » chez d'autres ethnies du pays, les séances autour de la termitière pour demander un bon hivernage et une bonne répartition des eaux de pluies dans le temps et dans l'espace, se terminent généralement avant la levée de séance par une pluie. Ce qui est un signe d'exaucement des prières. La célébration du « Bawounane » selon notre interlocutrice se fait aussi dans les rizières communes aux localités de Diatang et Suelle.

Dans cette partie du département de Bignona dite Fogny, la plus grande cérémonie initiatique sera célébrée dans les années à venir. Contrairement à des cérémonies qui sont organisées d'une manière éparse par un ou deux localités, la grande cérémonie initiatique du Fogny dénommée « Yeumekeuy » va concerner une dizaine de villages. La célébration future de ces rites initiatives ont aussi fait l'objet d'un grand regroupement autour de la termitière des prêtresses à la place des abattoirs de Bignona pour demander la protection de Dieu afin que les agissements des personnes malintentionnées lors des rites initiatiques soient vains. Dans le village de Djilonding, les femmes nous ont montrés un pieu (dénommé Versailles, puis renommé aujourd'hui Fatik) autour duquel, des centaines de personnes viennent se recueillir tous les vendredis pour faire des invocations. Tout comme les termitières des abattoirs de Bignona, Djilonding garde aussi ses secrets et ses mystères. C est aussi la même dynamique qui est vécue dans les pays de forêts du sud où, les croyances traditionnelles, malgré la percée de l'islam et du christianisme, marquent encore les esprits des populations.

LA TERMITIERE DE LA PLACE DES ABATTOIRS - Un mur des lamentations, version diola
Les termitières des prêtresses du Fogny constituent une véritable énigme dans l'entendement des populations. Ils sont peu nombreux les hommes qui peuvent vous parler de cette mythique place des abattoirs. Seules les prêtresses elles mêmes, (si vous avez la chance de les rencontrer et de gagner leur confiance), peuvent vous dire des choses (marginales) sur le phénomène de la pratique du « Nankoraaye ».

12 FEVRIER 2011 LE SOLEIL

 

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