A la découverte de l'île aux coquillages : Fadiouth, entre l’artificiel et l’irrésistible


Considérée par certains comme la plus belle l’île du Sénégal, Fadiouth regorge d’éléments qui lui sont spécifiques. C’est ici que l’on retrouve des coquillages en lieu et place du sable. Dans cette île également, lorsqu’il y a marée basse, le littoral abrite un terrain de football pour les jeunes du village. Et pour couronner le tout, l’île aux coquillages révèle à ses hôtes un cimetière commun où catholiques et musulmans partagent la dernière demeure.

Située à 120 Km de Dakar, l’île aux coquillages est dotée d’un charme indéniable. Assise sur une bande de terre derrière Joal, Fadiouth est un petit joyau qui attire, en son sein, beaucoup d’hôtes. Un des phénomènes qui envoûtent la majorité des visiteurs est la nature de son sol. Dans cette île, le sable est d’un blanc aveuglant. Et c’est un sable qui n’est rien d’autre que des coquillages. Qui proviennent de l’exploitation des huîtres, par les femmes du village. Ces dernières ont amassé des tas de déchets de coquillages que les villageois ont versés dans les rues. Ces coquillages permettent la protection contre les eaux envahissantes de la mer, tout en créant de façon artificielle une île au sable blanc. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle on parle de « sable au blanc éclatant », mais c’est le nom « l’île aux coquillages » qui est plus connu. Loin d’être discret, le sable craque à chaque pas. Et, il est facile de déceler un étranger. Celui qui n’a pas l’habitude de marcher sur un tel sable se lamente à chaque seconde. « Gare aux voleurs ! », lance le jeune J. Diène.

Aussi, avec le sable spécifique, les bébés Fadiouthiens sautent d’habitude l’étape de la marche à quatre pattes, raconte un jeune homme, lors d’une conversation. Ceci parce qu’ils n’ont pas de sable doux pour s’épanouir. L’accès à Fadiouth n’est pas compliqué, il faut juste traverser la mer à l’aide d’un pont. L’île est ralliée à Joal grâce à un pont pittoresque, d’une longueur de 800 mètres. Le pont est fixé au rond-point, en face de l’hôtel Finio. Les habitants de la ville ont l’habitude de se détendre sur ce pont. Surtout les jeunes qui, parfois, viennent en couple afin de profiter de la fraîcheur, fruit du léger vent et de l’humidité des eaux. Quelques chiens errants viennent aussi y piquer leur sieste, insouciants au passage des personnes, des bruits, des conversations et  des cris d’enfants.

Un terrain de football immergé

Certains phénomènes de la nature sont parfois incroyables. Et, il faut généralement en être témoin pour y croire. Généralement, entre 15 et 18 heures, la marée est basse. La terre absorbe l’eau de la mer, et apparaît alors une bande de sable. Qui sert de terrain de football aux jeunes du village. Une occasion que ces derniers ne laissent pas passer. Car, dans les rues de Fadiouth, il n’y a ni l’espace, ni terre ferme pour taper sur le ballon. De ce fait, à chaque marée basse, la mer est assaillie par les jeunes. Là-bas, « les poissons migrent vers l’autre partie non absorbée », explique Jaco Diène.

C’est à un spectacle féerique qu’on assiste. On peut apercevoir quelques poissons changeant de cap, afin de survivre à la marée. Des cochons se frottent le dos à l’aide de coquillages et de cailloux noirs collés à la boue. Les pirogues sont alignées, dans l’attente de la marée haute. Une fois la marée haute, les pêcheurs peuvent s’adonner à leur activité habituelle. Les jeunes, quant à eux, une fois leur terrain de fortune englouti par les eaux, se tournent vers d’autres « hobbies » comme la plongée, en sautant du pont.

Une belle cohabitation

Dans l’île, les maisons sont liées. Il est difficile d’identifier la porte des différentes habitations. On peut entrer dans une maison et atterrir dans une autre maison sans repasser par la rue. Ce qui fait que les populations vivent en parfaite harmonie. C’est pourquoi, la majorité des Fadiouthiens se connaissent. Pour s’identifier, il suffit de donner son nom de famille qui est généralement suivi de celui de la maman pour qu’on sache à quelle famille vous appartenez. Une stratégie qui permet d’éviter, les confusions et les amalgames, explique le maire de l’île, Jacques Sarr. A Fadiouth, on retrouve plusieurs « Anna Ndiaye, Pierre Ndiokh, Paul Ndiaye ». Ainsi, les anciens ont décidé d’insérer le nom de leur maman pour marquer les différences.

Jadis, village d’animistes, il est difficile de reconnaître musulmans et chrétiens. Sur la population fadiouthienne, environ 95% sont catholiques et le reste est composé de musulmans. Ces derniers cohabitent en parfaite harmonie. Les habitants de cette île n’ont pas besoin du dialogue islamo-chrétien que les chefs religieux sont en train de promouvoir. Parce qu’ils le vivent. La preuve, le président de la classe d’âge des 25 ans est un musulman du nom de Mama Ansou Basse. « A Fadiouth, on vit une belle harmonie, il est impossible de différencier les musulmans des chrétiens », a-t-il murmuré, avec fierté. Le maire de la localité d’ajouter : « L’Imam Ratib, durant les fêtes, prend la parole à l’Eglise. Le prêtre lui cède, pour un instant, le micro » et « c’est quelque chose qui est toujours beau à voir ». Par ailleurs, en cas de décès d’un Fadiouthien, tout le village se cotise pour prendre en charge les frais du deuil. Quelle que soit sa religion.

Fidèles jusqu’au tombeau

La belle cohabitation entre Fadiouthiens est éternelle. Les mariés, en lisant leur engagement, se promettent fidélité et amour « jusqu’à ce que la mort nous sépare ». A Fadiouth, la fidélité entre les musulmans et les catholiques est sacrée. Même la mort ne peut pas les départager. Le cimetière de Fadiouth est commun aux deux religions. Une partie est réservée aux Musulmans et une autre aux Chrétiens. Ce qui est, selon Manga II, « une chose extraordinaire qui n’existe que dans l’île aux coquillages et à Ziguinchor ». Le cimetière est sur l’autre côté de l’île. Et, il est relié à Fadiouth par un autre pont de la même longueur que la précédente. Il est perché sur une colline couverte de coquillages. On se croirait sur une chaîne de montagnes, avec les bosses qui créent des vagues identiques à celles de la mer. La beauté inqualifiable du cimetière pourrait émouvoir les plus insensibles. La propreté est frappante et le décor est magnifique. Pour embellir les tombes, des gerbes de fleurs sont posées sur elles. Et des fleurs sont plantées tout le long des tombeaux. Qui sont tous peints en blanc.

14 NOVEMBRE 2010 L'OBSERVATEUR

 

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