La socialisation chez le peuple Bassari : Danser le yanga pour devenir un Homme


Dans la société bassarie, on ne naît pas homme, on le devient. Il faudra passer par l’étape d’initiation. Un samedi de fête durant laquelle, la communauté célèbre les jeunes admis dans la cour des adultes. L’initié devra danser le yanga devant ses parents et les sages bassari pour recevoir son parchemin qui lui ouvre des perspectives sociales valorisantes.

Un coup de sifflet retentit dans la forêt verdoyante d’Egath, un village situé à trois kilomètres de Salémata. Des groupuscules sortent des montagnes rocheuses qui ceinturent le village et convergent vers la place publique. Tous les regards sont rivés vers le sentier par lequel six jeunes sont en parade. Une véritable curiosité chez les visiteurs qui ne cessent d’interroger les habitants sur la signification de cette chorégraphie. Elle fait découvrir à la presse la danse de l’initiation des jeunes Bassari. Tous les ans, la cérémonie a lieu un samedi du mois de mai. Elle regroupe, selon Elie Bangar, tous les jeunes de la communauté Bassari qui habitent quelques 22 villages de la région sud-est du Sénégal âgés de 15 à 20 ans, histoire de les initier. C’est donc pour la circonstance que le yanga a été dansé devant les journalistes qui ont participé au séminaire sur l’information régionale à Dindéfélo, ceci avec l’autorisation des sages de la communauté.

Habillés en mini-pagne noir serré par une grosse ceinture en cuivre, les danseurs du Yanga tiennent chacun à la main gauche un arc coiffé d’un bout de queue de cheval. Au niveau des pieds, une chaîne faite de petites rondelettes en fer rouillé est attachée à la cheville. Comme une clochette, elles produisent une sonorité aigüe qui rime bien avec la cadence des pas qui en résultent. La mélodie est du ressort de l’Athiroty, un instrument qui fait office de trompette. De ce mélange, jaillit une agréable symphonie capable de faire évader plus d’un.   Mines renfrognées, poitrines ceinturées à la diagonale, les danseurs défilent comme des soldats autour du fromager sous les applaudissements du public. Ainsi va une journée d’initiation. Cette tradition du peuple o’nyan (nom de la langue bassari), le maire de Salemata l’assimile à un examen de passage pour les adolescents qui devront intégrer la classe adulte. Ils peuvent être une cinquantaine de jeunes ou plus à danser le yanga pour franchir un nouveau palier et sous le regard des aînés, des femmes, des enfants et des sages.

 Le vieux Laptaké Bangar, le chef du village ne peut se retenir. Il sort de sa case très heureux et offre un cadeau secret aux danseurs. Son fils, Elie Bangar précise que la fête d’initiation n’est qu’une étape dans la socialisation du Bassari. Celui-ci devra réussir à des examens de passage tous les six ans. Ils constituent des événements sacrés. Pour le cas des candidats à l’initiation, ils sont admis d’office dans la cour des grands non sans souffrir. En réalité, les aînés les accueillent le lendemain par une séance de bizutage. Portant des masques, ils ont pour mission de surprendre les candidats à l’initiation à coups de bâton. Cette séance dominicale d’affrontements sanctifie l’accession définitive dans la classe adulte. Est véritablement considéré homme dans la société bassarie, celui qui a subi ce «parcours du combattant».  Et cela est perceptible dans les salutations. Pour dire bonjour en O’nyan, les initiés disent mothiandé alors que les ados disent kamara pour saluer son égal. Une fois la séance d’initiation terminée, le jeune bassari est suffisamment prêt à se prendre en charge et à affronter son destin.  

DES ANCIENS CITOYENS DE SOUNDJATA

Leur présence dans le nouveau département de Salémata remonterait au XVIe siècle. Si on se réfère au propos du maire de la ville, Pierre Boubane, l’establishment bassari enjambe la frontière sénégalo-guinéenne et vit également en Casamance et en Guinée-Bissau. M. Boubane révèle qu’ils sont également présents dans 32 villages frontaliers de la Guinée-Conakry. Il est loin d’être une ethnie minoritaire comme certains le pensent. Les peuples bassari ont transité par Maali, une ville guinéene avant de remonter au Nord. Cette ethnie était une composante de l’ancien empire du Mali. Ce n’est qu’après la dislocation de ce vaste empire pluriethnique de l’Afrique de l’Ouest - après la bataille de Kirima en 1235 - que les peuples se sont dispersés en suivant particulièrement les cours d’eau. A l’époque, « cette contrée de Kédougou qui fait partie du domaine du parc de Niokolo Koba, était habitée par des éléphants méconnus des chasseurs », rappelle le Maire. C’est bien après que Salémata Diba Camara, un chasseur basé à Bandafassi, a atteint ce patelin propice à l’exploitation de l’ivoire. Il décida de s’installer et donna ainsi à ce département tout enclavé, son appellation. Les Bassari pratiquent leur religion traditionnelle. Ils croient en leur ancêtre : Fabba Khanou. Il faudra attendre les années 50 pour que les missionnaires catholiques basés en Guinée-Conakry, commencent à évangéliser cette  communauté. « Il y a eu une rupture lorsque ce pays a pris son Indépendance en 1958 », relève M. Boubane. La christianisation sera poursuivie par les Pères catholiques qui, après l’Indépendance de la République de Guinée (1958), ont établi leurs quartiers à Kédougou en 1967.Aujourd’hui, en dépit de l’existence d’une forte communauté catholique oni (l’autre appellation des Bassari), la religion traditionnelle résiste encore. Toutefois, toutes les deux cohabitent avec l’Islam pratiquée par les Peuls. Ces derniers se sont massivement installés à Salémata. Ils dirigent même la chefferie traditionnelle de la ville « depuis le départ du fondateur vers d’autres lieux ». Néanmoins, la culture bassarie garde ses particularités que le grand public a surtout découvert lors des deux éditions du festival des ethnies minoritaires de Bandafassi organisé par le Conseil régional de Tambacounda avec les communautés Bediks, Sarakholé, Diahanké, etc., leurs voisins immédiats dans cette région aurifère du Sénégal.

04 AOUT 2010 LE QUOTIDIEN

 

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