Saga d'un caïlcédrat


Arbre de Moussa MoloAu cœur de la ville de Kolda. Dans le vieux et populaire quartier de Doumassou. Au milieu d'une route pourtant très empruntée par les voitures, motocyclettes, charrettes, entre autres piétons, se dresse un grand arbre. Une forteresse. Haut d'une vingtaine de mètres, son tronc immense impressionne plus d'un. Sa stature, qui témoigne de plusieurs années d'existence, défie le ciel. Cet arbre a existé avant même la création de ce quartier considéré comme le premier de la ville de Kolda.

Le quartier Doumassou a été reconnu en 1872, mais il existait déjà depuis longtemps. Ce quartier, aujourd'hui à majorité mandingue, avait à sa tête un Bambara du nom de Fodé Coulibaly.L'arbre Moussa Molo Baldé est témoin de plusieurs étapes de l'évolution du Fouladou. Et plusieurs générations de Koldois ont appris à le connaître, le respecter et l'aimer.

Cet immense et mystique cailcédrat qui se dresse dans la capitale du Fouladou Pakao Balanta Counda constitue un symbole à la fois historique et culturel. Pour le Fouladou en général et en particulier pour ce vieux quartier de Doumassou.

Silence bavard d'un témoin de l'histoire

Le quartier Doumassou fut habité en premier par les Bambaras, c'est-à-dire les Keita, Konaté, Coulibaly, Doumbia, etc. Ces derniers venus du Manding, en passant par le Gabou (actuelle Guinée-Bissau) étaient de vaillants guerriers. Ils emmenèrent avec eux leurs cultures, leurs croyances et leurs traditions. C'est en s'établissant dans cette partie du Sénégal qu'ils décidèrent d'appeler cette nouvelle conquête : Doumassou qui signifie littéralement "les maisons d'en bas", en référence à la montagne où se trouvaient les champs et autres lieux de travail.

L'histoire de l'arbre Moussa Molo Baldé est liée dans une large mesure à celui de ce quartier, mais aussi et surtout, à celui du guerrier roi dont il porte le nom.

Le roi Moussa Molo Baldé, en voulant élargir son territoire après la mort de son père, rassembla son armée et descendit vers l'ouest. C'est au cours de l'une de ses razzias que, voulant se reposer avec ses braves guerriers, il tomba sous le charme de cet imposant arbre dont les branches touffues descendaient par endroits jusqu'au sol.

De manière assez étonnante, il ressentit en lui un attachement soudain et profond à cette nouvelle découverte. Incarnation de certaines valeurs mystiques et fanatiques léguées par son défunt père, il vit le caractère particulier de ce joyau. C'est ainsi que le guerrier roi du Fouladou fit de cet arbre son lieu de repos.

Désormais, les réunions les plus importantes de l'époque s'y tenaient et c'est là que le roi Moussa Molo Baldé recevait les notables du Fouladou Pakao. Pour discuter des questions brûlantes de la contrée. Les décisions importantes se prenaient ainsi sous cet arbre.

Ce fut dès lors, le point de départ et de ralliement avant le retour dans sa cour royale.

Aussi, cet arbre commence à abriter la préparation mystique de l'armée de braves guerriers du Fouladou, sous la direction de leur roi. Avant toute offensive militaire, des incantations et des offrandes se faisaient sous l'arbre. Cela constituait l'assurance d'une victoire sur l'ennemi. Car, les guerriers du Fouladou revenaient le plus souvent sous cette forteresse fêter leur victoire.

C'est pourquoi, un attachement particulier est voué à cet arbre de la part des populations koldoises, en particulier et du Fouladou Pakao en général. Comme le roi est un Baldé au cœur de Fouladou, c'est-à-dire à Velingara et une partie de Kolda on retrouve sa descendance princière.

Cela c'est sur le plan purement historique et c'est pourquoi les Peuls du Fouladou se retrouvent en cet arbre.

Un monument qui défie la machine

Au-delà de son aspect historique, l'arbre Mousa Molo Baldé nourrit un coté mystique qui l'entoure d'un mythe jusque-là difficile à percer par la population du Fouladou. Il arrive des périodes de l'année où cette forteresse perd tout son feuillage, l'éclat de son écorce et même, des détachements de branches s'en suivent. C'est seulement ces moments-là que les riverains ont toute la latitude d'amasser les branches mortes pour en faire du bois de chauffe. Tout le mystique de cet arbre réside dans sa capacité impressionnante à retrouver sa structure normale et même de se développer davantage.

Il en est ainsi, car "le génie koldois réside dans cet arbre-là", affirme Solo Diané, délégué de quartier de Doumassou. Avant d'ajouter que sa proximité avec la mosquée fait que, par la grâce de Dieu, la plupart des " prières sont exaucées" par le Tout-Puissant. "Car le génie résidant de cet arbre est un bienfaiteur, c'est un bon génie", s'empresse t-il de se répéter, le ton fier.

C'est ainsi qu'une attention toute particulière est attachée à ce grand monument historique qui est considéré comme "le nombril de Kolda", explique toujours notre interlocuteur. Poursuivant son argumentation, le responsable de ce vieux quartier n'ose pas abattre ce cailcédrat, encore moins en couper les branches de peur de s'attirer la malédiction.

Une légende raconte au Fouladou que durant l'époque coloniale, les autorités, préoccupées par l'assainissement et le désencombrement de la ville décidèrent d'abattre cet arbre qui gênait de plus en plus la circulation. Malgré les mises en gardes persistantes des populations, les colons campèrent sur leurs positions et firent appel à des spécialistes. Des délégations de sages allèrent solliciter la clémence des autorités coloniales, mais en vain. Les jours qui ont suivi, une grande entreprise acquise pour la cause débarque à Kolda, avec un arsenal impressionnant de tronçonneuses installées dans le quartier de Doumassou.

Les travaux débutèrent le lendemain de bonne heure, et après une longue journée de labeur, les ouvriers décidèrent d'observer une pause pour ne revenir que le surlendemain à la charge et achever l'arbre à moitié scié.

La surprise fut de taille chez "les guerriers de l'abattage d'arbres". Car, la citadelle à moitié rongée la veille retrouva sa splendeur. Mieux, elle développa un feuillage tout frais et son écorce devint encore plus épaisse. Pas une seule trace de cire sur les lieux. Comme si les débris s'étaient assemblés pour reformer la charpente de ce symbole mystérieux. Les moins courageux des visiteurs furent gagnés par la folie sous le choc de leur mésaventure et s'en allèrent sans demander leur reliquat. "Ce fut la preuve pour les colons et les koldois non convaincus de la valeur mystique de l'arbre Moussa Molo Baldé" témoigne Abdoulaye Diallo, un habitant du quartier. Moussa Kiny Kanté, infirmier en retraite et notable de cette même localité, se prononce sur le caractère mythique de l'arbre qui l' a vu grandir. Pour ce septuagénaire originaire du Pakao mais installé à Kolda depuis plusieurs décennies, "nul à Kolda ne connaît assez cet arbre-là, car il a vu naître la totalité des habitants du Fouladou". Cependant, par le charme de la tradition orale, tous les fils Koldois se voient imbus de certaines valeurs ancestrales transmises à travers l'histoire de cet arbre.

Transmission d'un héritage culturel

A L'origine, les Bambaras, premiers habitants du quartier Doumassou, choisissent l'arbre comme lieu de palabre. Le temps leur ayant permis de se rendre compte de son caractère particulier, ils en firent un lieu de culte. Tout s'y faisait. D'importantes cérémonies et les rituels les plus symboliques se faisaient autour de cette résidence du génie protecteur du Fouladou.

Les sages s'y retrouvaient avant chaque cérémonie de circoncision pour décider de la date. Aussi, les femmes stériles désireuses d'un enfant, s'y regroupent pour invoquer le génie des lieux et beaucoup d'entre elles voient leurs vœux exaucés. Pendant la période hivernale, c'est autour de cet arbre que se font des prières pour une bonne pluviométrie et une abondance des récoltes.

De nos jours, toutes les séances de "djambadong" (danse traditionnelle mandingue) commencent et se terminent autour de cet arbre. La nuit, il est très fréquent de voir des gens prendre des bains mystiques sous l'arbre. D'autant que les marabouts ou sorciers casamançais recommandent le lieu à leurs adeptes.

Une autre légende raconte que c'est à cet arbre que les Koldois doivent leur attachement au Fouladou. Il les protège et leur inculque des valeurs comme le sentiment d'appartenance et d'attachement au terroir. "Tous les maires qui ont eu à diriger la municipalité à l'exception de l'actuel, se sont acquittés du devoir de faire le tour de cet arbre juste après leur élection", nous confie Solo Diané.

En outre, l'arbre Moussa Molo Baldé, considéré comme un arbre à palabre par les Bambaras, premiers habitants de Doumassou, finit avec le temps par bénéficier d'un statut tout particulier de la part de ceux-là qu'il a vus naître et grandir. Malgré son emplacement, nul ne songe à un éventuel démantèlement de cet héritage historique et culturel.

21 JUILLET 2010 ALIOU SANE

 

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