TOUBACOUTA : Un havre de loisirs méconnu et victime de son inaccessibilité


A Toubacouta, la nature y a simplement planté ses quartiers en faisant de cette localité une concentration de ressources naturelles, maritimes, de la faune et de la flore. Une biodiversité qui fait de cette communauté rurale un lieu touristique et écologique de grande importance. Seulement, la localité est difficile d'accès et mal connue des Sénégalais et des touristes.

Le train-train stressant de Dakar est derrière nous depuis deux heures maintenant. Nous voici subitement entrés dans une autre atmosphère, imposant un réveil en sursaut à la plupart des personnes qui somnolent dans le bus climatisé. Un autre univers calme où la seule vue d'un véhicule est un événement pour les enfants et pour les femmes assises devant le portail des maisons en train de se tresser entre elles.

Dans les rues, longues et bien tracées, les arbres bordent la route. Principalement le nim, familier des sénégalais. On respire un autre air. On est bien à l'aise. Bienvenue à Toubacouta, une communauté rurale du département de Foundiougne, dans la région de Fatick. A la place des buildings et des bâtiments à multiples étages qui étouffent l'univers des Dakarois, Toubacouta exhibe ses concessions rustiques, rendues modernes par les nombreuses paraboles qui trônent au dessus des toits des maisons. Oui, dans ce coin perdu du Sine Saloum, presque frontalier avec la Gambie, le contraste est frappant entre l'aspect de maison et les nombreuses antennes paraboliques visibles partout. Communauté rurale très peuplée, avec 32 900 habitants, Toubacouta dispose une population pluriethnique.

Composée de wolofs, de peuls, de bambaras, de diolas et naturellement de sérères. Une richesse culturelle qui s'explique aussi par les nombreuses potentialités de cette localité. « C'est une zone à forte concentration ethnique qui s'explique par la position géographique de Toubacouta (dans le littoral), mais aussi c'est une zone agricole et une concentration de la biodiversité (richesses naturelles) qui incitent les aventuriers à s'y fixer », soutient le président de la communauté rurale de Toubacouta Pape Seydou Dianko.

Là où la mer et le fleuve se croisent

L'agriculture, l'élevage et la pêche restent les principaux domaines d'activités de la population. Ces activités sont favorisées par les immenses richesses naturelles de cette communauté rurale. En effet, Toubacouta dispose de plusieurs forêts classées notamment à Sangako, à Missirah et à Bitenti. Et autant de parcs parmi lesquels Bagadadji et la réserve de Fathala. Dans cet endroit également, l'on peut découvrir un endroit unique et qui frappe par sa beauté. A quelques kilomètres de traversée du bras de mer, l'on peut découvrir là où la mer et le fleuve se croise. Mais on ne s'aperçoit de la différence que par la couleur des eaux. Non loin de là, on fait face à une autre merveille du site : l'île aux oiseaux où viennent se reproduire des espèces rares ou en voie de disparition.

Une concentration de la biodiversité dans ce site du Delta du Saloum érigé en réserve de biosphère. Ce parc de 76 000 hectares est aujourd'hui une « entité reconnue » par l'Unesco. Le capitaine Lamine Kane, conservateur du Delta du Saloum donne l'importance de ce parc. « Nous avons un grand potentiel pour ce qui est des espèces, dit-il. Elles sont réparties dans trois grands domaines (terrestres, maritimes et estuariens). Nous avons 188 espèces végétales ligneuses ; 114 espèces de poissons ; mammifères terrestres dures (36 espèces). Nous avons aussi des mammifères marins et estuariens comme le lamantin d'Afrique et le lamantin ». Pour autant, les responsables du Delta du Saloum ne disposent pas encore d'un personnel assez important pour protéger ce parc. D'où l'implication des populations de Toubacouta à travers des projets de développement communautaire tel que le Projet de gestion intégrée des écosystèmes du Sénégal (Pgies), les jeunes et les femmes s'activant à protéger cet écosystème.

Le paradoxe

Egalement, il a été mis en place une communauté d'écogardes, chargés d'appuyer les agents des Eaux et forêts dans le suivi écologique, dans l'aménagement du parc, dans la surveillance et dans l'ouverture de pare-feux et de pistes. Si le conservateur admet que le parc fait face à des « pressions de braconnage » et aux menaces foncières, en fonction de sa proximité avec la commune de Karang, il reste que le Delta du Saloum reste un endroit attractif où il fait bon vivre. Son conservateur, le capitaine Lamine Kane ne cache pas son étonnement : « C'est un paradoxe qu'une entité écologique qui a un très grand intérêt paysager soit si peu connu des Sénégalais et du monde ». Pour ce qui les concerne, les promoteurs hôteliers ont compris l'importance de cette zone qu'ils ont vite fait d'investir. Aujourd'hui, les campements, les hôtels et les clubs de vacances sont nombreux à Toubacouta.

Adama Ndiaye, gérant du club de vacances qui vient fraîchement d'ouvrir ses portes, propose une diversité des parties de plaisir à ses clients. Ceci allant des ballades en mer, visites au parc, randonnées dans la forêt des baobabs ou encore la descente de mangrove en bateau. « Il y a énormément de choses à voir ici, c'est une kyrielle de loisirs qu'on propose. Les amoureux de la nature ont à se régaler », s'enthousiasme cet hôtelier. Toutefois Adama, comme la plupart de ses amis hôteliers, ne peut s'empêcher de soulever les handicaps auxquels ils font face à Toubacouta.

Pour lui, les promoteurs touristiques du coin souffrent terriblement de la visibilité. Chacun tente, avec les moyens qu'il a, de faire connaître son hôtel ou son campement. Le récent salon du tourisme est certes une aubaine, mais il reste que la promotion des campements touristiques du Sine Saloum traîne encore. Ne lésinant guère sur les moyens, Adama a depuis l'ouverture de sa structure, adressé plusieurs mails aux entreprises et sociétés pour faire connaître son établissement. Une promotion qu'il mène en solo et qui l'a mené à l'étranger, à la rencontre des tours operators et des voyagistes. Réaliste, ce jeune professionnel touristique a déjà diagnostiqué le mal du tourisme dans sa zone d'intervention. « Les nationaux ne voyagent pas souvent, sinon ils voyagent vers la Petite Côte. S'y ajoute l'état de la route. La voie n'est pas très bonne. Ce sont des problèmes assez latents qui font que les gens ne préfèrent pas sortir souvent assez loin de Dakar », analyse Adama Ndiaye. Le même discours est formulé par le conservateur du Delta du Saloum. Pour le capitaine Lamine Kane, malgré que Toubacouta soit ce havre de paix disposant de potentialités énormes aussi bien terrestres, maritimes et faunesques, la route y menant fait défaut. Ce qui compromet énormément l'accès du site.

Au grand dommage des touristes qui viennent en nombre limité. Mais aussi et surtout de la plupart des Sénégalais pour qui Toubacouta n'évoque pas grand-chose.

01 JUILLET 2010 LE SOLEIL

 

Sénégal nature et culture en images


Photos du Sénégal proposées à tous ceux qui rêvent de ce beau pays. EcoPhotos

EcoVidéos


Vidéos du Sénégal proposées à tous ceux qui rêvent de ce beau pays. EcoVidéos
artdeco-h-328x140-2.jpg

EcoReportages

 

Ecotourisme : Niokolo Koba, à la découverte d’une riche réserve de biosphère

Le chef de l’Etat, Macky Sall, a bouclé un séjour de quatre jours dans la région de T...

 

Le Sine-Saloum, l'univers de la mangrove et des bolongs

Du Sénégal, on évoque souvent Dakar la tumultueuse ou Saint-Louis la coloniale, n’oub...

 

LES DIVINITES COTIERES - Dans les antres sacrés des Lébous

Le long de la côte du Sénégal, de Saint-Louis à la Casamance, il existe des divinit...

EcoVidéos

Voir la Vidéo
Voir la Vidéo
Voir la Vidéo
Voir la Vidéo