Terreau : Crise climatique et écosystèmes littoraux : la côte... d’alerte !


Il y a comme si le tempo en était donné par le sempiternel reflux du clapotis des vagues qui viennent s’écraser sur les récifs, une sorte d’odeur de remake dans ce que la douloureuse, mais récurrente actualité environnementale nous donne à voir chaque fois à  la même période de l’année (fin de l’hivernage et autour des mois de janvier et février). Période où, avec les plus fortes marées, généralement observées au Sénégal  en ces temps d’incertitude écologique, le niveau de la mer à marée haute étant plus élevé qu’habituellement, la houle déferle plus près de la côte et arrive sur le littoral avec une énergie plus forte que lors de marées moyennes ou faibles….Et que bien souvent, hélas, par un inextricable phénomène écologique à l’origine de l’érosion des plages, se combinent à la houle rendue furieuse par des tempêtes sur l’océan Atlantique, la dérive littorale et les marées de vives eaux. Ce qui fait que l’océan bouscule les hommes et leurs habitudes et laisse ses vagues  tout ravager sur leur passage.

Avec sa frange littorale de plus de 700 km de long du Nord au Sud, le Sénégal est un pays particulièrement concerné par ce phénomène mondial exacerbé par la crise du climat planétaire qu’est l’érosion côtière. Phénomène complexe, qui compte aussi parmi les problèmes environnementaux les plus critiques pour les pays côtiers  d’Afrique de l’Ouest où l’océan Atlantique engloutit en moyenne un à deux mètres de plage par an.
Plus de la moitié de la population du pays vit sur les côtes, où sont installés 85% des industries et services, notamment dans le domaine public maritime.  C’est sur ce site, qui est le siège des deux poumons de l’économie nationale (pêche et tourisme), qu’est abritée, dans les réserves parcs et aires marines protégées,  une part  importante de la biodiversité végétale et animale répartie sur ses différents types d’écosystèmes. Lesquels sont composés de ces différents types d’habitat que sont : les côtes sableuses (longues de 300 km et comprenant la Grande Côte qui va de St-Louis à Yoff, et la  Petite Côte qui va de la Baie de Hann à l’extrémité de Sangomar auxquelles il faut ajouter quelques  portions de plage au Sud de la Gambie) ; les côtes estuariennes et de mangrove (près de 234 km de côtes environs et renfermant les estuaires des fleuves Saloum et Casamance ; mais aussi de l’estuaire du fleuve Sénégal où la mangrove a disparu avec l’implantation dans le delta du Barrage anti-sel de Diama) ; et enfin  les quelque 174 km de côtes rocheuses comprenant, outre la presqu’île du Cap Vert, différentes autres poches de la Petite Côte et de la côte casamançaise avec des falaises taillées dans divers matériaux.
De l’avis bien informé des chercheurs, différents facteurs concourent à l’érosion des côtes. Pour ces  chercheurs, parmi lesquels  le Professeur Isabelle Diop  Niang, expert-géologue et maître de conférences à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar,  les courants littoraux, le vent, mais aussi la topographie des fonds et l’action des organismes vivants constituent les principaux responsables du mécanisme érosif des côtes. Mais, de nos jours, l’action de l’homme reste une des causes principales de l’érosion.  « Les aménagements artificiels des plages permettent, en effet, de faire d’intéressantes observations sur l’érosion et le transport des sédiments. Que ce soit la construction d’un barrage ou d’une digue, celle d’un port ou le dragage des chenaux, l’impact des constructions artificielles en domaine littoral est souvent négatif », peut-on lire dans une note technique sur la question préparée par les spécialistes au niveau du bureau marin du Fonds mondial pour la nature (Wwf) basé dans notre capitale.  L’expertise nationale et internationale qui a investi la question ayant réussi à bien mettre en évidence  et à  identifier les conséquences qu’engendrent ces types d’agression d’origine anthropique sur le milieu marin. Et notamment sur domaine public maritime ; lequel comprend la zone maritime, c'est-à-dire la plage proprement dite, et toute la frange qui « comprend la limite des hautes mers maximales et s’étend en arrière jusqu’à la limite atteinte par les houles de tempête. Elle est essentiellement sous l’influence de la dynamique marine ». Mais, aussi, la zone éolienne qui concerne « toute la zone en arrière de la limite des houles de tempête, et qui  correspond à l’arrière plage et aux dunes vives qui évoluent sous l’action du vent ».
Ces conséquences se traduisent par une érosion littorale très forte dans les zones côtières comme, toute la Petite Côte depuis la Baie de Hann jusqu’à la pointe du Sangomar. En passant par Joal,  Rufisque et les secteurs de  Cambérène-Yoff, devenues des zones encore plus vulnérables du fait de l’extraction massive des sables du littoral.
L’érosion dans cette partie du Sénégal qui va de  Sendou, aux environs de  Rufisque-Bargny, à Djifère, à l’extrême pointe de la flèche de Sangomar, a eu plusieurs conséquences fâcheuses, notamment la perte d’infrastructures économiques (usine, campement), la destruction de la mangrove, la délocalisation de villages comme Diakhanor, l’ensablement des chenaux d’accès aux îles comme Dionewar et Niodior.
Actuellement, selon certains experts, le phénomène d’érosion ayant beaucoup ralenti, la ligne de rivage recule encore de quelques dizaines de mètres par an. La flèche ne s’est pas stabilisée et elle continuera vraisemblablement de s’éroder jusqu’à sa racine. C’est-à-dire approximativement à la hauteur de Palmarin-Diakhanor. Ce qui donne une idée des risques encourus et dont on peut jauger de l’ampleur en remontant le souvenir de ces drames vécus, il y a quelques années de cela,   quand la furie des vagues avait fini de déferler sur ces sites paradisiaques pour engloutir une bonne partie des terres antiques du royaume senghorien de l’enfance.
Mais la conséquence la plus grave encore reste la submersion des zones basses.  Ce qui occasionne les inondations récurrentes dans les zones marécageuses très fragilisées des écosystèmes estuariens comme à Saint-Louis où « si un mauvais raz-de marée se produit en saison sèche (ce qui est courant), l’eau de mer va affluer dans le fleuve et rendre les inondations bien possibles », comme le notait le Pr. Isabelle Diop Niang.
La géologue experte en risques climatiques qui, parlant de la dynamique de l’embouchure et des risques liés à l’ouverture, dans la précipitation, de la brèche sur la  Langue de Barbarie pour parer au déferlement  des eaux du fleuve sur l’ancienne capitale, rapportait une source scientifique  qui, autour des années ayant précédé la première guerre mondiale déjà, prévenait les autorités d’alors en ces termes : « Il ne faut pas perdre de vue que si l’embouchure se trouvait reportée au nord du débouché du marigot de Leybar, les raz-de-marée qui se propageraient dans le fleuve par une embouchure trop rapprochée de Saint-Louis sans avoir l’exécutoire d’épanouissement pourraient causer des dégâts sérieux ».

14 JUILLET 2011 LE SOLEIL

 

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