Langue de barbarie : Une brèche sur tous les possibles...


A l'autre bout de la brèche, au milieu de cette étendue agitée d'eau qui n'est plus fleuve et qui n'est pas totalement océan, les îlots de Dun Baba Jiey, de Mbouit de Taara et de Keur Baka semblent mener le dernier combat que des lambeaux de terre fragiles comme celles-là peuvent désespérément le faire contre ces mastodontes de la nature que sont ces immenses vagues déboulant de l’étendue océane.
Jadis terre d'accueil des oiseaux migrateurs et refuge ultime de ce que ce milieu protégé (nous sommes à la lisière du Parc national de la langue de Barbarie) pouvait conserver encore d'espèces animales et végétales qui, ailleurs, avaient disparu depuis des lustres, ces îlots étaient devenus malgré eux la proie facile de ces tourbillons d'eau que la marée montante et les alizés partis des profondeurs de la mer rendaient encore plus féroces.

Sur des centaines et des centaines de mètres aussi bien sur la berge que sur l'eau devenue verdâtre de ce fleuve du fait combiné de la forte intrusion du biseau salé et des rejets domestiques et autres polluants de toutes sortes issus des installations urbaines à quelques encablures de là, des cadavres de poissons s'étalaient à perte de vue. Créant ainsi une odeur pestilentielle  qui attirait sur le site des rapaces ailés venus festoyer à volonté.
Côté littoral, si, à la faveur de la brise marine, le  larynx et les narines du visiteur semblaient moins être torturés par ces exhalaisons nauséeuses notées de l'autre côté, la morsure des vagues était physiquement tout aussi, sinon beaucoup plus visible qui, ici, était rendue plus prégnante encore, sur cet écosystème fragile, par la houle puissante du canal creusé et les vents qui, sur cette embouchure artificielle, étaient comme requinqués par on ne sait quelle force de la nature. L’effet brèche était rendue massivement présent par la puissance de la double érosion à la fois éolienne et marine qui se lisait à travers ce décor fait d’immenses souches et parfois de nombreux troncs d'arbres entiers, reliques très probables d'un ancien peuplement de filaos et d'autres essences ayant servi dans une vie antérieure à contenir l'imparable furie des flots et qui, aujourd'hui, jonchaient la plage attenante. Ajoutant ainsi quelque chose  d'indicible à cette ambiance kafkaïenne que concourrait ainsi à durablement  y installer cet amoncellement de déchets solides, comme ces pneus usagés et cette ferraille faite d'objets hétéroclites rejetés sur cette dune jadis paradisiaque, mais aujourd'hui seulement fréquentée par une faune que ne semblait point inquiéter le caractère sinistre des lieux. Quelques rares oiseaux aquatiques, des lézards que n'indisposait pas outre mesure le sable surchauffé de la plage à ces heures de la journée...Mais également quelques chèvres rebelles se ruant avec un appétit insoupçonné sur tout ce qui pourrait ressembler à une végétation. Au sortir du dernier réceptif de ce long chapelet d'hôtels de luxe spécialisés dans le tourisme balnéaire et qui se sont implantés sur la langue de barbarie durant ces dernières années, le décor côté fleuve était quasiment le même, partout dans cette zone menant vers la brèche : Désolant!
Au détour d’une dune affalée à moitié, on tombe nez à nez et par hasard sur  le commandant Abdoulaye Ndiaye. Il avait, pendant longtemps, dirigé le Parc national des oiseaux de Djoudj, une des réserves ornithologiques les plus importantes du globe, situé non loin de là dans l’autre partie de l’estuaire et qui travaille maintenant pour le compte de l'organisation écologiste Wetlands International. Son propos sur le spectacle à nos yeux semble sans appel. « La nappe phréatique dans toute cette zone du Gandiolais abritant le Parc national de la langue de barbarie et au-delà, jusqu'à Djoudj, est en train d'être rechargée par une eau saumâtre à cause de cette brèche. C'est un phénomène porteur de tous les risques au plan de l'écologie des espèces dans cette zone », explique-t-il.
Son propos sera corroboré par un autre expert, lors d'une rencontre avec des journalistes venus s'enquérir de ce que le canal de dérivation creusé peut drainer comme conséquences au plan de l'écologie globale de l'estuaire....
« Il n'y a plus d'eau douce sur l'estuaire. C'est quasiment la marée permanente », avait indiqué M. Amadou Kata Ndiaye, cet expert, hydraulicien de métier qui, avant, travaillait pour la Saed.
Tout un faisceau de facteurs que l'équipe du laboratoire d'analyses numériques et d'informatique (Lani) que dirige le professeur titulaire de mathématique, Marie Teuw Niane, membre du bureau de l'Académie des sciences et technique, a permis de mettre en évidence, et pour qui la proximité de la brèche avec la ville de Saint-Louis rend (environ 6km) presque instantané l'effet des marées à Saint-Louis, le niveau du fleuve montant et descendant suivant les variations du niveau de la mer.
Selon docteur Abdou Sène, membre de cette équipe du Lani, avec la brèche ouverte, les Saint-Louisiens découvrent le mouvement désormais ample à travers le changement brusque de niveau du fleuve Sénégal.
« Dans le passé, explique-t-il, l'éloignement de l'embouchure (plus de 30km) faisait que l'effet des marées était atténué avant qu'elles n'atteignent la ville de Saint-Louis. Et les changements de niveau les plus sensibles du fleuve Sénégal étaient les grands changements découlant des crues lors de la saison des pluies et des décrues avec la remontée de la langue saline à la fin des grands lâchers du barrage de Diama ».
Selon les membres de ce laboratoire spécialisé dans la modélisation mathématique, aujourd'hui plusieurs phénomènes sont observés dont certains sont positivement appréciés par les populations, tandis que d'autres sont redoutés : « On constate une floraison de pirogues de pêche amarrées sur le petit bras du fleuve ; les piroguiers profitent de la brèche pour rejoindre plus facilement leur domicile en évitant des difficultés liées à la traversée de la barre. D'ailleurs, un nouveau quai de débarquement est en train de se constituer entre le cimetière et Guet Ndar, du côté du fleuve. Certains affirment que depuis l'ouverture de la brèche, les moustiques sont devenus plus rares, réduisant le nombre de cas de paludisme de l'autre côté. On observe que le fleuve est devenu moins poissonneux à Saint-Louis, les eaux usées plus pestilentielles lors des marées basses et qu'à Gandiole les maraîchers sont très préoccupés par la baisse sensible du niveau des puits.

14 JUILLET 2011 LE SOLEIL

 

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