VALLEE DU FLEUVE Gestion de l’environnement : Les herbes aquatiques ont de la valeur


Salvinia molesta et Typha australis sont des végétaux aquatiques qui ont fini de causer d’énormes dégâts dans les cours d’eau et canaux d’irrigation de la région de Saint-Louis. Aujourd’hui un projet sénégalo-canadien cherche à transformer ces déchets en combustibles, bio compost et même, en composants alimentaires.

Trouver une solution durable à l’envahissement des cours d’eau par des plantes aquatiques du type Salvinia molesta ou Typha australis préoccupe depuis de nombreuses années les acteurs du secteur de l’environnement. Lutte chimique, lutte mécanique, rien n’a été oublié pour vaincre cet ennemi. Mais de plus en plus, les recherches s’orientent vers la transformation de ces plantes en combustibles. C’est dans ce cadre que l’expérimentation d’un projet pilote dans la zone de Ross Bethio suscite beaucoup d’espoir. Le projet de transformation des herbes envahissantes en granules combustibles, bio compost et biocarburant, a été financé par la Banque Mondiale dans le cadre du concours Développement Market place 2006.

Le projet Jade ainsi dénommé en référence à Jacinthe d’eau, est exécuté dans sa phase pilote par la Société sénégalaise des scientifiques et ingénieurs au Canada (S3IC). Mis en œuvre avec la collaboration de l’Amicale socio-économique sportive et culturelle des agriculteurs du Walo (Asescaw), le projet vise principalement à transformer les plantes aquatiques envahissantes des cours d’eau en granules combustibles, destinés à la cuisson des repas. Les premiers résultats obtenus après des tests d’ébullition, pour déterminer le pouvoir calorifique des granules, laissent place à l’optimisme dans la mesure où le produit présente un pouvoir calorifique de 15 250 kj/kg qui se trouve être «la borne inferieur du pouvoir calorifique du charbon de bois», qui est lui situé entre 15 000 et 27 000 kj/kg.
Aussi, l’équipe du projet dont l’objectif est de faire de ces granules des produits d’utilisation courante dans les ménages, poursuit ses recherches pour aboutir à une amélioration du pouvoir calorifique des granules au-delà de 17 000 kj afin de réussir le pari «de le positionner par rapport au charbon de bois, principal combustible ménager». Il s’agit notamment de bien choisir le type de fourneau adapté au produit, entre les fourneaux classiques et le Sakanal existant sur place.

De bonnes perspectives de commercialisation

Aujourd’hui, le projet Jade tourne ses réflexions vers les possibilités de commercialisation de ce produit miracle, qui transforme en combustible des herbes nuisibles. Pour ce faire, il est nécessaire qu’une «phase transitoire» soit mise en place «dans le cadre d’un Gie», suggère l’équipe de projet, dans laquelle on note, entre autres, M. Oumar Dioume, qui est directeur de l’école doctorale et de la recherche à l’Institut africain de management (Iam). A terme, il s’agit de mettre en place une entreprise commerciale du type Sarl ou Sa pour l’exploitation commerciale. Déjà, les estimations faites montrent que les granules utilisés comme combustibles de cuisine «ne seraient pas rentables durant les trois premières années d’exploitation du projet». Mais , cette perspective ne compromet en rien la mise en œuvre du projet puisque d’autres «avenues de revalorisation» ont été découvertes lors de la phase expérimentale.
Orienté dans un premier temps vers le nettoyage des canaux d’irrigation de leur hôte indésirable, le projet Jade s’est par la suite tourné vers «une intervention globale de revalorisation de la biomasse de la Typha australis». Des essais conduits sur le site de Ross Bethio, il résulte que les plantes aquatiques étaient également une matière première abondante pour la production de bio-compost, un engrais naturel. Et ce produit s’avère très prometteur puisque le bio compost de Ross Bethio présente un pH de 7,5, «preuve qu’il est d’une bonne qualité», essentiellement pour les cultures maraîchères dont il double les rendements. Et le ministère de l’Environnement du Sénégal en est convaincu au point de passer commande pour quelques milliers de tonnes destinées à la zone maraîchère des Niayes. D’autres usages sont encore possibles pour ce produit, dont le plus surprenant reste la production d’un pain comestible à base des racines de la Typha. 

Des herbes aquatiques nocives pour l’environnement

Salvinia molesta et Typha australis sont deux ennemis redoutables qui ont fini de prendre leurs quartiers dans les zones proches de l’embouchure du fleuve Sénégal. Particulièrement concernée par les conséquences négatives de ce fléau, la commune de Ross Bethio située à quelques kilomètres en amont de Saint-Louis, peine à trouver des solutions. Depuis de nombreuses années, les cours d’eau de cette zone étouffent sous l’étreinte de ces plantes. L’environnement fluvial, fortement dégradé ne permet plus aux animaux de s’abreuver convenablement dans les eaux des affluents du fleuve Sénégal.
En plus, Salvinia molesta, Typha australis et d’autres espèces du même genre, sont responsables du déclin de la pêche. Dans l’impossibilité de remonter respirer à la surface, les poissons disparaissent petit à petit. Sur le plan sanitaire, l’eutrophisation des eaux est responsable de la présence endémique de certaines maladies dues aux mouches et moustiques qui prolifèrent dans les eaux devenues stagnantes. Et la longue liste des malheurs causés par ces plantes ne s’arrête pas là, puisqu’elles sont aussi responsables du blocage des canaux d’irrigation, mettant à genou une agriculture jadis florissante.

Fruit d’une collaboration technique canadienne

La mise en œuvre de la phase expérimentale du projet Jade a nécessité la mobilisation d’équipes de recherche sénégalaises et canadiennes. C’est ainsi qu’une plateforme mécanique a été mise au point, après diverses expériences, par EcoIndustrie, qui s’active dans le domaine de l’écologie industrielle. Il s’agit d’un groupe constitué d’un broyeur à végétaux secs et d’une presse à granules, entraînée par un moteur fonctionnant à l’huile de Tabanani. L’acceptabilité écologique du projet repose d’ailleurs en partie sur l’utilisation de biocarburants qui, pour la phase de commercialisation des produits, devront être exportés vers des pays de la sous région, plus avancés que le Sénégal en la matière.

Après la récolte, qui est effectuée à l’aide de grappins manuels pour la salvinia et des focardeuses de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css) pour le Typha, les matières premières ainsi récoltées sont séchées, broyées et réduites en fines particules. Une fois vaporisées à l’eau et humidifiées, une presse rotative permet de les transformer en granules de 6 mm de diamètre et longues d’à peu près 5 cm.La multiplicité des usages possibles ouvre un destin nouveau à ces herbes aquatiques d’autant que la matière première abondante et la mise en place d’une chaine de production de pièces de rechange, font de Jade un projet économiquement rentable, et donc, à l’avenir prometteur.

05 JUILLET 2010 LE QUOTIDIEN

 

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