Les Lébous de Yoff

Originaires de la vallée du Nil, en Haute Egypte, les lébous, peuples de la mer, ont émigré par progression de petits groupes et, dès le 11 ème siècle, leur présence a été notée dans le royaume du Djolof, au centre du Sénégal. Ce royaume exerçait sa domination sur tout le pays de 1116 à 1549.

Restés longtemps insoumis à l'autorité du roi, les lébous furent chassés du Djolof. Ils s'installèrent dans la presqu'île du Cap-Vert après avoir contraint les occupants, l'ethnie socée, à quitter les lieux.

Ils fondèrent plusieurs villages le long du littoral, parmi lesquels nous pouvons citer Yoff.

Les lébous habitent au bord de la mer, qui d'après eux est un monde peuplé d'êtres mystérieux, fastes ou néfastes, mais tous inquiétants que sont les génies. Ils ont lié alliance avec ces derniers qui sont garants de leur sécurité et de leur prospérité. Ils leur ont transmis des connaissances sur la mer. C'est ainsi, par exemple, qu'ils savent toutes les paroles qu'il faut réciter pour pêcher beaucoup de poissons, apaiser la fureur de la mer, etc.

L'ethnie léboue croit aux fétiches et dans tous les villages et familles, des sacrifices sont faits périodiquement aux génies protecteurs qui sont dispensateurs de bien et de mal. C'est ainsi qu'à Yoff, les lébous se livrent à des cérémonies rituelles appelées Tuuru ou Ndeup. Ce sont des pratiques très respectées au cours desquelles un animal est immolé et le sang versé sur l'autel.

Tous les lébous de Yoff sont sous la protection d'un grand génie, Mame Ndiaré. Cependant chaque grande famille (xeet) a son propre génie en plus de ce génie commun. Si une famille reste trop longtemps sans faire de sacrifices à son génie (rab), celui-ci se sent offensé et inflige une punition à certains de ses membres en les rendant malades. La victime peut souffrir d'une maladie incurable ou être alitée pendant longtemps. Dans ces cas là, les médecins ne pourront pas la soigner. C'est en ce moment que les lébous font appel au ndeup ou au tuuru.

S'agissant du ndeup, on sacrifie soit un bœuf, soit une chèvre ou un poulet. Ces sacrifices sont offerts au cours de cérémonies d'exorcisme. L'exorciseur est une personne jouissant de legs traditionnels, de pouvoirs surnaturels qui lui permettent de communiquer avec les génies du bien ou du mal. Le jour du ndeup, il est habillé de costumes traditionnels avec des amulettes visibles. Ces cérémonies sont accompagnées de chants et de danses traditionnelles.

Le tuuru quant à lui, se présente sous plusieurs formes. Nous avons le tuuru individuel, le tuuru familial et le tuuru commémoratif ou grand tuuru de Mame Ndiaré.

Le tuuru individuel est un rituel que l'individu fait à l'endroit de son rab, le génie protecteur de sa famille. Le rituel de ce tuuru se fait sur l'autel sacré, lieu de sacrifice et maison du rab. L'individu vient vers le rab pour demander de l'aide dans les domaines personnels ou thérapeutiques. Ici on ne tue ni bœuf, ni chèvre, ni poulet. On offre au génie simplement de la pâte de mil, du lait que l'on verse sur les autels sacrés (khambs).

Dans le cas du tuuru familial, nous prendrons l'exemple de celui d'une des plus anciennes familles implantées dans le village de Yoff, les Mbengue. Une fois par an, cette famille organise un tuuru dédié à son génie protecteur Mame Woré Moll, demeurant à l'île de Teunguène. Il s'étale sur une journée et est le tuuru familial le plus célèbre. Les offrandes et chaque détail du déroulement de la cérémonie répondent aux exigences de Woré Moll.

Le tuuru commémoratif ou grand tuuru est un rituel voué au génie protecteur du village, Mame Ndiaré. Il marque l'anniversaire de l'indépendance du village de Yoff des habitants de Cayor. Il ne se fait pas à une date fixe car c'est Mame Ndiaré qui entre en contact avec certaines personnes pour les inciter à préparer le rituel. Chaque habitant donne une contribution en argent ou en nature (noix, lait, etc.) qu'on collecte pour l'amener à Dieuw qui est la demeure de Mame Ndiaré. Des bœufs sont destinés au sacrifice pendant le tuuru. Les villageois vont déposer le sang, les pattes, les os, et les cornes à des endroits indiqués qui sont des sites sacrés du panthéon lébou. Le tuuru s'étale sur cinq jours successifs : du lundi au vendredi et les animaux sacrifiés pour la circonstance sont aussi destinés aux festivités de la cérémonie.

Il est important de préciser que le grand tuuru et le tuuru familial des Mbengue ont les mêmes objectifs. Les "retombées" du rituel des Mbengue touchent tout le village bien qu'il ne soit que familial et ainsi considéré comme complémentaire de celui dédié à Mame Ndiaré.

Très conservateur, le peuple lébou s'adonne toujours à ces pratiques païennes, d'où l'importance et le respect qu'il accorde à certains lieux naturels marins, du fait de leur caractère sacré. En effet, ces derniers abritent ou symbolisent leurs génies protecteurs. C'est le cas de l'île de Teunguène pour les lébou de Yoff et des îles de la Madeleine pour les lébous de Dakar.

 

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